Se plaire ....pour s'aimer

Publié le par catlove

 

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Jean-Philippe Zermati : "Pas besoin de se plaire pour s'aimer"

Aimer son image pour s’aimer soi-même, tel est l’impératif auquel nous obéissons toutes et tous. Et si nous avions tort ? C’est ce que suggère le médecin nutritionniste et psychothérapeute Jean-Philippe Zermati, pour qui l’estime de soi se cherche ailleurs que dans le miroir.

Propos recueilli par Caroline Desages

Psychologies : Se plaire et s’aimer, n’est-ce pas la même chose ?

Jean-Philippe Zermati : Absolument pas. Il y a là une vraie confusion, à l’origine de nombreuses souffrances. Lorsque l’on parle de s’aimer, on ne se réfère pas aux mêmes choses que lorsqu’il s’agit de se plaire. Que cela soit par rapport à soi ou aux autres. Se plaire physiquement dépend de la distance qui sépare la perception que nous avons de nous-mêmes des critères de beauté communément admis par la société. Plus nous nous en sentons proches, plus nous nous plaisons. Et inversement.

Mais la beauté est pourtant un concept très subjectif ?

J.-P.Z. : Beaucoup moins qu’on le prétend. Pour résumer, je dirais qu’est « beau » ce qu’une majorité de gens trouve beau. De nombreuses expériences ont été faites à ce sujet, consistant à montrer à un panel d’observateurs des photos d’individus aux physiques différents en leur demandant de choisir les plus beaux. On observe chaque fois un consensus : tout le monde sélectionne les mêmes clichés. La beauté physique laisse finalement peu de place à la subjectivité. Même si ses critères varient au fil des siècles ou en fonction des cultures, elle renvoie toujours aux valeurs dominantes d’une société à un instant donné. Et ce de manière constante. Par exemple, il fut un temps où les femmes girondes étaient considérées comme les plus belles, car leurs rondeurs évoquaient la fertilité. Fertilité qui assurait aux familles une perpétuation de leur lignée et une retraite future. Aujourd’hui, la minceur et la jeunesse sont immédiatement accolées à la beauté, parce qu’elles induisent, à tort ou à raison d’ailleurs, une certaine idée de performance, de dynamisme ou de volonté, valeurs très « positives » dans nos sociétés.

Selon vous, il est donc possible de s’aimer sans se plaire ?

J.-P.Z. : Non seulement c’est possible, mais c’est, à mon sens, la seule façon d’être en paix avec soi-même. Aimer ne dépend pas des qualités physiques particulières attachées à la personne. Référons-nous à la conception de Spinoza, pour qui « l’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ». Autrement dit, on aime une personne parce qu’elle nous donne le sentiment de nous faire du bien. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas pour ses qualités physiques ou morales, mais bien pour le sentiment de plénitude qu’elle suscite en nous. Prenons l’exemple de nos enfants, de nos conjoints ou de nos amis. Est-ce qu’ils nous plaisent en tous points ? Quand je pose cette question à mes patients, ils me répondent bien souvent que oui et peinent à reconnaître leurs défauts. C’est tout simplement magnifique ! Mais il leur suffit d’y réfléchir un instant pour admettre que c’est faux. La vérité est que nous n’aimons pas les gens parce qu’ils sont formidables. Nous les trouvons formidables parce que nous les aimons. Cela prouve bien que, dans une relation d’affection, les considérations physiques deviennent vite secondaires. Qui aimerait davantage son enfant s’il était plus blond ou plus bouclé ? Ses amis s’ils étaient plus minces ? Personne ! Nous aimons des gens imparfaits, nous sommes aimés par des gens qui nous savent imparfaits. Pourquoi serions-nous les seuls à exiger de nous plaire pour pouvoir nous aimer ? Il est en revanche nécessaire que nous ayons le sentiment d’être de bonnes personnes pour nous-mêmes.

Cette question revient-elle souvent en thérapie ?

J.-P.Z. : J’aborde systématiquement ce sujet, car les thérapies que je propose reposent sur un travail concernant les sensations alimentaires, les émotions mais aussi l’acceptation. Les personnes qui viennent me voir pour des troubles du comportement alimentaire font très souvent preuve d’une grande intransigeance vis-à-vis d’elles-mêmes. Elles se pardonnent peu de choses et se maltraitent régulièrement. C’est ce manque de bienveillance envers soi-même qui provoque généralement l’aggravation des troubles. Il est fondamental de les amener à s’aimer, quelle que soit l’image que leur renvoie le miroir. Parce que c’est en acceptant l’idée qu’elles n’ont pas besoin d’être parfaites pour être aimables qu’elles vont pouvoir s’en sortir. Nous subissons des incantations permanentes nous invitant à nous surpasser, à être les meilleurs en tout, à tout contrôler. Or, rien n’est moins vrai, on ne peut pas tout contrôler. Et c’est même nos tentatives de contrôle qui sont à l’origine d’un comportement alimentaire qui nous échappe.

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Il est prouvé qu’une personne « belle » a nettement moins de difficulté à trouver un emploi, à être augmentée, à créer du lien... Se plaire permettrait-il d’avoir davantage confiance en soi ?

J.-P.Z. : Je ne remets absolument pas en question le pouvoir social de la beauté ! Je dis simplement que les personnes choisies parce qu’elles plaisent ne seront pas forcément aimées. On espère simplement que leur beauté et les valeurs qu’elle véhicule déteindront sur nous. Ça n’a rien à voir avec l’amour.

Est-il possible d’avoir confiance en soi autrement qu’en se plaisant ?

J.-P.Z. : Auriez-vous confiance en une personne – vous-même – qui vous maltraite à longueur de temps ? L’important n’est pas de se plaire, mais de se faire du bien, de prendre soin de soi et d’être bienveillant envers soi-même. Ce qui fait que nous aimons autrui, sans exiger qu’il nous plaise, est également ce qui fait que nous pouvons nous aimer et avoir confiance en nous.

 

 

Publié dans reflexions du moment

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